Vivre l’interculturel par l’art. L’exemple de la boutique Felwiin de Nafi Gning

J’ai rencontré pour la première fois Nafi Gning dans un salon où elle exposait ses produits à côté de mon propre kiosk. Elle avait été retenue par une activité dans une école de langue africaine où elle est également engagée. J’ai surtout été frappé par la vive intelligence qui se cache derrière une personne d’apparence discrète mais toujours prête à sourire. Aujourd’hui, elle prend un peu de son temps pour nous parler de l’aventure « Felwiin » qui est son magasin d’art africain qui se trouve sur la plazza St-Hubert à Montréal :

Bonjour Nafi et merci de prendre un peu de votre temps pour vous exposer à la découverte des pairs entrepreneurs de entrepreneurethnik.com. Notre but est d’en savoir plus sur votre personnalité, votre projet et vos attentes en quelques questions.

Commençons tout d’abord, par vous. Qui se cache derrière Nafi? Que dites-vous de vous quand vous devez vous présenter?

Je suis une jeune fille de 28 ans, une amoureuse de l’Afrique et des valeurs africaines. Une passionnée d’art et d’artisanat. Je suis à Montréal depuis maintenant 12 ans et je navigue à présent entre plusieurs cultures (sourire)

Il me semble que vous avez étudié dans un domaine qui ne correspond pas directement à votre activité d’affaires. Quelle en est la raison?

Quand je suis arrivée à Montréal, j’étais encore très jeune et j’avais déjà un choix à faire quant à mes études. Je ne regrette pas du tout les études en sciences sociales que j’ai faites car c’est un domaine qui m’intéresse toujours et mes études m’ont permis de développer le sens critique que j’ai aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous a poussé à entreprendre et quel a été jusqu’à présent votre parcours d’entrepreneur?

J’ai toujours du mal à répondre à cette question, cela peut sembler bizarre mais à un moment dans ma vie cela a été comme une évidence.  Je ne me suis peut-être pas posée toutes les questions que les gens se posent d’habitude, mais j’étais certaine que c’est dans l’entrepreneuriat que j’arriverai non seulement à exprimer toute ma personnalité mais surtout à m’épanouir. J’étais aussi rendu à un moment de ma vie où j’avais besoin de faire ressortir mon africanité (j’avais cette nostalgie après 10 années hors de mon pays) et étant passionnée d’artisanat, l’envie d’entreprendre dans ce domaine devenait de plus en plus virulent (rires).

J’ai donc commencé par m’inscrire à la CDEC de mon quartier ou j’ai pu, à la suite d’un processus de sélection, participer au programme soutien au travail autonome (STA). Avec leur soutien financier et académique, j’ai pu rédiger mon plan d’affaires et décrocher un prêt et bourse au programme CRÉAVENIR. Huit mois après mon entrée dans le programme STA, j’ai ouvert la boutique soit en avril 2015. Depuis lors, c’est avec un gros sourire que je vous ouvre les portes de la boutique 6 jours sur 7.

Vous avez été honorée par le Réseau des Entrepreneurs et Professionnels Africains (REPAF) en 2016 dans la catégorie « Entreprise faisant Affaires avec l’Afrique » si mes souvenir sont bons. Quel a été votre sentiment à ce moment-là?

Oui effectivement, j’ai été honoré avec ce prix un an après l’ouverture de la boutique par le Répaf. J’étais très contente mais surtout très fière que ce soit les membres de ma propre communauté qui m’honorent. Je lutte à ma façon pour que nous, Africains de la diaspora, soyons reconnus à notre juste valeur. Mais cette reconnaissance ne peut se faire que si nous même nous sommes d’abord et avant tout fiers de nous même.

Donc que soit des africains eux-mêmes qui me disent « continue ton bon travail ». C’est une motivation supplémentaire.

Quelles est votre plus belle réalisation et votre plus grand regret à ce jour?

Je suis fière de tout ce que j’ai réalisé à ce jour mais je t’avoue qu’ouvrir la boutique a été une expérience particulièrement riche pour moi à tous les niveaux, notamment au niveau de la connaissance de moi-même et j’en suis très heureuse. Je dirais que si j’avais pu retourner un peu en arrière, j’aurai usé de ma créativité beaucoup plus tôt dans ma vie, mais je n’ai pas de regret particulier, et je travaille toujours à essayer d’en avoir le moins. Je prends la vie avec beaucoup de légèreté et elle me la rend bien.

Vous contribuer à faire découvrir la richesse du patrimoine africain à Montréal. Qu’elle votre vision d’avenir pour, à la fois sa préservation, sa restauration et sa valorisation?

Je souhaite un jour être une référence à Montréal et même en Amérique du Nord pour les amateurs d’artisanat africains qui sont hors de l’Afrique. J’espère arriver à montrer aux gens et particulièrement à nous autres africains à quel point notre travail artisanal constitue une richesse car il renferme des connaissances et des savoir-faire lointains. Nous devrions en être fiers.

Que pensez-vous de l’importance du sentiment d’identité Africaine ou Noir dans les échanges d’affaires interculturels au Québec? La diversité est-elle une opportunité ou un obstacle pour entreprendre ici?

Mon identité noire et africaine transparait très clairement dans mon entreprise (évidement) (rires) mais je pense aussi que j’arrive à véhiculer certaines valeurs africaines notamment à travers l’accueil chaleureux que je réserve à mes clients. Les produits que je vends sont très beaux, très esthétiques et colorés et j’essaie moi-même en tant que vendeuse d’être en phase avec mes produits (si je peux le dire ainsi). Alors je pense que l’important en contexte de diversité ou pas c’est de toujours être soi-même. En contexte de diversité, surtout lorsque les gens sont ouverts d’esprits et ont envie d’en apprendre plus sur là d’où tu viens, c’est à ton avantage de faire ressortir le meilleur, les gens peuvent être plus réceptif qu’on le pense. Le constat que certains font d’eux même lorsqu’ils viennent à la boutique c’est wow c’est tellement coloré, tellement soigné qu’ils ont du mal à imaginer que ses objets viennent de l’Afrique qu’on leur montre dans les médias de masse.

Merci beaucoup pour votre précieux temps.

Je retiendrai ces mots de Nafi : « l’important en contexte de diversité ou pas c’est de toujours être soi-même. ». Ils résonnent encore mieux dans un contexte où nous devons relever de nombreux défis du Vivre-ensemble avec l’enrichissement interculturel. Ne pas se cacher derrière des clichés ou des non-dits mais avoir la curiosité de découvrir l’autre tel qu’il vit son authenticité. C’est cet élan mutuel entre diverses diasporas et populations d’accueil qui donnera la vraie identité de la société québécoise dans laquelle nous voulons vivre. Quoi de mieux alors que de passer par l’art et la culture pour tisser ces ponts.

Pour en savoir plus sur le magasin Felwiin :

http://www.felwiin-boutique.com