Ceci est le contenu d’une interview donnée à Biloa magazine (http://biloa-magazine.com/) sur l’entrepreneuriat ethnique. Ce magazine présente plusieurs articles intéressants sur l’entrepreneuriat au féminin et d’autres sujet tels que la beauté, la mode, le bien-être, le lifestyle et toutes sortes d’Actualités. En somme Biloa Magazine c’est le féminin 100% Afro Contemporain…

Voici l’interview

Avis d’expert : Arnaud Segla, spécialiste des questions liées à l’entrepreneuriat ethnique

Qu’est ce que entrepreneuriat ethnique ? A quelles problématiques ce concept renvoie t-il ? Qui sont les entrepreneurs ethniques ? Pour le savoir, nous avons interrogé  Arnaud Segla, spécialiste de la question et auteur du blog Entrepreneurethnik.com.

Biloa Magazine : Pouvez-vous vous présenter ? Formation initiale, parcours professionnel, fonction dans The Wisemen Council ?

Arnaud Segla : Mon nom est Arnaud Segla. Je suis consultant, entrepreneur, blogueur et artiste écrivain. Mon parcours est celui d’une partie de la génération née pendant la période du monopartisme en Afrique et qui ont été pris dans le Commerce triangulaire de la connaissance Afrique-Europe-Amérique. Une inversion du parcours d’antan même si beaucoup peinent à le clôturer tant que les conditions de retour ne sont pas réalisées.

Je suis né au Bénin. J’ai grandi au Gabon où j’ai effectué mes études primaires et secondaires. Puis j’ai poursuivi en France des études universitaire de deuxième cycle en science et technique et de troisième cycle en gestion.

Enfin j’ai immigré au Canada et plus précisément au Québec pour y accomplir une carrière professionnelle en participant au cortège des diasporas économiques. Le défi à mon arrivée a été d’être conforme aux trois exigences tacites d’intégration au marché de l’emploi de la terre d’accueil qui sont la maitrise de la langue anglaise, une formation locale et une expérience professionnelle locale.

L’avenir je le vois en tant que contributeur à l’économie de l’Afrique notamment avec ma compagnie THE WISEMEN COUNCIL dont je suis le gérant et consultant principal et spécialiste des questions d’entrepreneuriat ethnique.

Biloa Magazine : Nous avons découvert vos services à travers votre blog Entrepreneurethnik.com, pouvez-vous nous donner votre définition de l’entrepreneuriat ethnique ?

Arnaud Segla : L’entrepreneuriat ethnique est un phénomène essentiellement urbain et, qui plus est, lié à l’immigration pour raison économique. De fait il est surtout présent dans les métropoles qui reçoivent ces flux de main d’œuvre. Ces écosystèmes impliquent des conditions d’intégration via l’accès à la suffisance de revenus, base des besoins des individus, en leur permettant d’exercer un emploi ou une activité commerciale. Lorsque des barrières à la suffisance de revenus apparaissent l’individu migrant a tendance à se replier sur sa communauté de référence pour bâtir son indépendance financière.

L’entrepreneuriat ethnique  se développe aussi en réponse au besoin de la communauté de retrouver un certains nombre de produits ou services qui maintiennent son identité dans le pays d’accueil. L’entrepreneuriat ethnique est donc l’exercice d’une activité économique pour garantir une suffisance de revenu à l’individu et à son ménage ainsi que de maintenir le patrimoine ethnique d’une communauté de soutien présente en diaspora dans un centre urbain. C’est ma définition de l’entrepreneuriat ethnique.

Biloa Magazine : Pourquoi développer un tel concept, en quoi entrepreneuriat ethnique diffère t-il de entrepreneuriat classique ? Quelles sont ces particularités ?

Arnaud Segla : Un tel concept fait l’objet de nombreuses recherches dans les pays qui reçoivent des flux migratoires. J’emboite le pas à cette dynamique en assurant un support de références aux personnes concernées par ce phénomène. Ma démarche se situe donc à deux niveaux à savoir habiliter les entrepreneurs ethniques en outils, méthodes et approches pour être performants et aussi en sensibilisant les différentes populations à accueillir ce phénomène.

L’entrepreneuriat classique s’exerce lorsque les conditions d’accès aux ressources quel qu’elles soient ne présentent pas d’asymétries ou sont égales pour tous les personnes voulant se lancer en affaires. L’impact des politiques économiques en réponse aux différentes conjonctures et cycles économiques ne permettent pas d’avoir cette situation idéale et donne donc naissance à des barrières et par conséquence à l’entrepreneuriat ethnique.

L’entrepreneuriat ethnique se caractérise, entre autre, par son faible poids économique car il concerne des minorités présentes sur la terre d’accueil, le caractère informel de son exercice en lien avec les habitudes culturelles de la communauté et son adaptabilité aux conditions économiques en offrant à l’entrepreneur de moduler le temps consacré aux affaires ou à une autre activité rémunératrice. Mon désir est de voir de plus en plus de ces entreprises ethniques rejoindre l’entrepreneuriat classique une fois qu’elles ont consolidé l’accès aux ressources qui leur faisait défaut initialement.

Biloa Magazine : D’après des études que vous citez dans votre article « Qu’est-ce que l’entrepreneuriat ethnique?« , il est expliqué que les entrepreneurs immigrés ou d’origine immigrée saisissent souvent l’opportunité de créer leur entreprise lorsqu’ils n’ont pas accès à un emploi régulier ou pour combler un de leur besoin non satisfait sur le marché. Ce sont là les seules motivations ou raisons ?

Arnaud Segla : Les motivations principales restent effectivement autour de l’insatisfaction et de la révolte face à une situation financière non viable. Dans le cas des insatisfactions professionnelles, ceux qui ne choisissent pas la voie de la « mise en conformité », je le mets vraiment entre griffe, par le supplément de formation, choisissent l’alternative du travail autonome ou de l’exercice commercial.

Le déclencheur le plus fréquent est l’urgence des situations financières car pour immigrer on a investi et s’est souvent endetté en espérant s’établir sans grande difficulté à l’image des données incitatives fournies. Certains sont également pris dans le changement de leur statut d’étudiant à professionnel et doivent trouver des sources de revenus pendant l’étude de leur situation par les administrations compétentes.

Enfin des entrepreneurs saisissent l’opportunité de développer des activités à destination des communautés ethniques pour combler des besoins celle-ci mais cela reste le plus souvent le résultat de la mise en œuvre d’une démarche d’entrepreneuriat classique. La communauté est alors vue comme un segment de marché et non comme un soutien de référence. Les motivations et raisons qui poussent à l’entrepreneuriat ethnique reste donc jusqu’ici très réactives face aux pièges de l’immigration. On peut aussi espérer que, de façon proactive, le choix se porte vers ce type d’économie lorsqu’elle aura suffisamment démontré sa raison d’être en marge du renforcement des flux de migration économique avec la création du besoin en actifs par le départ des « baby-boomers ».

Biloa Magazine : Sur la base de votre expérience, quel est le profil des entrepreneurs immigrés ou d’origine immigrée que vous accompagnez ?

Arnaud Segla :  J’ai eu à travailler au sein du projet Ujamaa Initiative for Black Entrepreneurship ou UIBE de l’Association de la Communauté Noire de Côte-des –Neiges à Montréal pendant un an. Les entrepreneurs dont on avait le mandat d’accompagnement étaient ceux de la communauté Noire anglophones de l’île de Montréal. Cela incluait des entrepreneurs nouvellement arrivés des caraïbes, d’Afrique et ceux de deuxième ou troisième génération d’immigration vivant dans la partie anglophone de l’île ou s’exprimant en tout ou partie en anglais.

Biloa Magazine : Observe t-on des différences dans entrepreneuriat ethnique entre pays ? Si oui lesquelles ?

Arnaud Segla : Mon expérience reste liée à mon parcours personnel et je n’ai pas eu encore accès à des statistiques pertinentes sur ce phénomène dans les pays de l’OCDE. Pour ma part j’ai observé peu de différence entre le Québec et la France, bien que les politiques de fiscalité ne présentent pas le même poids sur l’activité économique. Il faut dire que Toronto reste au Canada, le principal pôle d’immigration et les conditions d’accès à l’emploi favorisent un entrepreneuriat ethnique proactif à destination des besoins à combler pour les communautés présentes.

En Afrique, l’immigration économique est très diversifiée. Les immigrants, hors corps expatriés, se mêlent à l’économie informelle déjà présente soit par choix, il ne s’agit plus alors d’entrepreneuriat ethnique car ils ont accès au même niveau de ressources locales disponibles, soit par barrière à l’accès à ces ressources pour des raisons le plus souvent de nationalité on rentre alors dans le cadre de l’entrepreneuriat ethnique.

La zone reste cependant assez grise dans le cas de l’Afrique car l’entrepreneuriat ethnique emprunte des caractéristiques de l’économie informelle qui reste elle-même influencé par l’exode rural et l’économie souterraine. L’Afrique étant en général une terre d’accueil le concept d’entrepreneuriat ethnique est amené à plus concerner les diasporas des pays émergents dans les pays « dits » développés.

Biloa Magazine : Observe t-on des différences dans entrepreneuriat ethnique entre hommes et femmes ? Si oui lesquelles ?

Arnaud Segla : La proportion d’entrepreneurs ethniques est sensiblement la même entre hommes et femmes avec une très légère majorité de femmes. La principale différence se situe dans la nature des projets d’affaires.

Les hommes ont tendance à plus de sophistication et de prise de risques. Ils défendront souvent une innovation ou un projet nécessitant des investissements importants pour le lancement. On retrouve ainsi des projets technologiques ou artisanaux différenciés.

Les femmes quant à elles restent dans des idées plus concrètes et demandant peu en investissement de lancement. Elles investissent dans la création en mode et beauté ou le commerce et la préparation de produits ethniques.

Ce sont ici des stéréotypes volontaires issus de mon observation. L’une ou l’autre de ces tendances comporte des avantages et des inconvénients. Du point de vue des communautés le fait d’avoir des flambeaux technologiques est tout aussi bon pour la fierté que le fait d’être sûr de disposer de salon de coiffure ou de produits de beauté facilite la vie des membres même si un trop grand nombre peut à la longue être problématique.

Biloa Magazine : Quels conseils pouvez-vous donner à ces entrepreneurs, et particulièrement aux femmes entrepreneures pour réussir leurs projets ?

Arnaud Segla : J’essaye le plus possible de créer une base de référence tant en habilitation que sensibilisation avec les outils en ligne qui sont à ma disposition. Le blog entrepreneurethnik est relié à une page Facebook, un compte Twitter et un groupe Linkedin est actif sur les questions qui concernent ce concept. Ce qui se dégage de ces échanges, et j’en fais un résumé en guise de conseils que je peux donner aux femmes entrepreneures, est qu’il faut croire en l’importance de son projet d’affaires pour soi et pour la communauté à laquelle on appartient.

Dans l’économie classique l’idée d’affaires vient en réponse à un besoin du marché. Le plus souvent après une étude de marché ou l’analyse des bailleurs de fonds plusieurs projets passent à la trappe. La démarche que je défends est de choisir une activité dans laquelle on est prêt à s’investir par facilités personnelles ou choix du cœur puis d’utiliser les outils de l’économie classique pour lui garantir des chances de survie. La simplicité est à valoriser dans toute la démarche de création et le professionnalisme dans la gestion de l’activité.

Biloa Magazine : Vous annoncez par ailleurs sur votre blog la création d’une plateforme de financement communautaire et un espace de partage d’information, pouvez vous nous en dire plus sur ces deux projets ?

Arnaud Segla : Il s’agit de deux projets qui sont sur la planche à dessin de la compagnie THE WISEMEN COUNCIL. La plateforme de financement communautaire vise à associer des profils professionnels différents pour mettre en commun les besoins de financement et d’investissement. La première version de la plateforme n’a pas obtenu le feu vert. On affine donc le modèle et étudie actuellement les questions légales.

Pour ce qui est de l’espace de partage d’information, le principe est de partager de l’information économique en temps réel entre membres d’une communauté. Face à la trop grande surenchère des réseaux sociaux en ligne, on confirme le type structure initial pour la plateforme. La suite sera une première évaluation avec des programmeurs, mais on est encore à la phase de l’avant-projet.

Biloa Magazine : Merci pour vos réponses, souhaitez-vous faire un commentaire ?

Arnaud Segla : Je profite du fait qu’on vient de parler de projets pour annoncer qu’un guide sur l’entrepreneuriat ethnique que j’ai élaboré sera bientôt disponible en même temps que d’autres ouvrages en gestion qui viennent en soutien à cet effort d’habilitation et de sensibilisation. Ces livres servent de référence à une nouvelle vision du management et l’économie qui est exclusif à THE WISEMEN COUNCIL dont le nom est la Méthode Ka.