Les Sphères d’efficience, entre incubateur, cluster, coopérative de solidarité ou GIE

Les sphères d’efficience sont un modèle de structures d’entraide verticale (de d’entrepreneurs séniors et mentors en contact avec des entrepreneurs en lancement ou expansion sous mentorat) et horizontale (solidarité entre entrepreneurs de même niveaux  d’ancienneté) dont j’ai fait la description succinctement dans le texte « L’Homme attitude » le 27 décembre 2011.

Pourquoi définir des sphères d’efficience alors qu’il existe déjà plusieurs modèles qui ont fait leurs preuves?

Parce que l’entrepreneuriat ethnique à des spécificités que ne prennent pas en compte les autres modèles :

L’incubateur rassemble en un même espace plusieurs start-up qui utilisent certains services disponibles sur place ou mettent en commun certaines de leurs ressources. Il existe beaucoup d’incubateurs qui regroupent des start-up qui sont dans le même domaine d’activité sous la bannière d’un ou plusieurs investisseurs. C’est souvent le cas dans les technologies de l’information. Dans le cas de l’entrepreneuriat ethnique les domaines d’activité sont diverses et le besoin en investissement plus faible. Les entrepreneurs ethniques ont aussi besoin d’un espace qui leur permet de sortir de chez eux pour réaliser leur activité mais comment réunir une comptable, une agence marketing ou d’évènementiel, une boutique et atelier de bijoux traditionnels et un restaurateur qui a besoin juste besoin d’une cuisine et d’un comptoir pour son activité de service traiteur. Il faut faire preuve d’imagination pour adapter le modèle d’incubateur aux réalités de l’entrepreneuriat ethnique. La sphère d’efficience peut offrir un espace plus souple et adaptable selon les besoins des clients qui y souscrivent. L’achat puis la reconversion d’usines, zones industrielles ou espaces polyvalents par des entrepreneurs solidaires qui se regroupent pour investir dans la mise en place d’une structure qui abritera leurs activités est une voie de solution. La participation des gouvernements est essentielle compte tenu des investissements et des garanties en jeux. Il appartient à chaque pays de juger de l’importance d’investir dans la force de l’informel pour résoudre à long terme les questions de l’employabilité et de la croissance économique.

Le cluster est une solution plus indiquée pour le secteur industriel ou les intrants et les extrants des entreprises constituent  un flux recyclé dans le cadre d’une forme d’écosystème économique. L’idée de faire intervenir des entreprises interdépendantes est intéressante pour une question de performance globale et de stratégie de baisse de coûts. Notre restaurateur pourrait faire du service traiteur pour l’agence de marketing et d’évènementiel et même vendre des plats aux entrepreneurs de la sphère d’efficience toute en profitant des services de la comptable et de l’agent marketing pour son propre activité. Ceci renforcerait la solidarité et ce qu’on a définit comme entraide horizontale précédemment et rendre une sphère d’efficience plus rentable qu’une autre. Si on éloigne le spectre de développer des autarcies la structure globale devrait avoir cohésion et une interdépendance pour que les flux soient harmonieusement répartis. Toutefois ce qui fait l’une des forces de l’entrepreneuriat ethnique est l’indépendance des structures et la pluralité des initiatives dans un même espace. Pourquoi notre restaurateur utiliserait les services d’une telle personne en comptabilité alors que quatre autres dans la même sphère d’efficience lui achètent ses plats. Les intrants et les extrants sont plus difficilement répartissables compte tenu de la diversité et de la multiplicité des acteurs en concurrence simple. La sphère d’efficience peut offrir une liberté de contracter au sein de la même structure d’interdépendance. L’esprit de commerce informel doit alors régner selon l’image des marchés populaires ou plusieurs vendeurs du même produit cohabitent pacifiquement les uns à côté des autres. C’est donc une représentation en miniature et retravaillé du monde de l’économie informelle.

La Coopérative de solidarité regroupe plusieurs professionnels œuvrant dans des domaines variés qui se rassemblent dans une même structure pour offrir un service ou un bien commun. La coopérative de solidarité est ouverte au partenariat. Les membres sont à la fois des utilisateurs des services de la coopérative, des travailleurs de cette coopérative et aussi de membre de soutien. L’idée de faire intervenir des parties prenantes dans une structure peut être intéressante puisqu’il offre l’opportunité d’offrir l’entraide verticale (par le biais des mentors) que nous recherchons pour les entrepreneurs ethniques voire de l’étendre à un soutien et un engagement de la clientèle. Que rêver de mieux? Le seul hic est que dans cette pluralité d’acteurs économiques qui serait rassemblé dans une même structure, il serait difficile de définir un intérêt commun ou un bien commun tant les intérêts et les objectifs sont différents. Ne  refusons pas l’idée qu’un nombre important d’entrepreneurs ethniques arrive à se réunir un jour pour offrir un service ou un bien commun. Serait-ce encore de l’entrepreneuriat ethnique? Respecterait-il les aspirations de chaque entrepreneur de s’accomplir en affaires jusqu’à un point auquel chaque individu juge bon d’aller. La sphère d’efficience peut intégrer verticalement mentors, entrepreneurs et clientèle au sein d’une même structure au patrimoine solidaire tout en laissant le soin à chaque entrepreneur ethnique de vaquer librement à ses occupations en se définissant ses propres objectifs. Ici il s’agit plus d’un investissement commun qui unis ces individus et les rend solidaire dans un fond commun et non un service ou un bien commun.

Le Groupement d’Intérêt Économique (GIE) est une personnalité morale qui permet à ses membres (au minimum deux) de mettre en commun certaines de leurs activités afin de développer, améliorer ou accroître les résultats de celles-ci tout en conservant leur individualité. Il s’agit bien plus d’une synergie. Cependant, les membres du GIE sont indéfiniment et solidairement responsables des dettes. Dans le cas de l’entrepreneuriat ethnique la notion de risque est importante car ce type d’activité vise d’abord à se substituer à l’employabilité rendue difficile par des barrières sociales et à supporter des communautés présentes en minorité dans des pays économiquement avancés. Il n’est pas rare voire fréquent de voir des initiatives ethniques sombrer financièrement pour des raisons et attitudes que nous essayons d’identifier et de corriger sur ce blog. Rendre solidaire des dettes un ensemble d’entrepreneurs le plus souvent fragiles eux-mêmes relève de l’exploit ou d’une très grande prise de risque. Lorsque nous avons défini plus haut un patrimoine commun, cela implique une responsabilité dans le patrimoine à la hauteur de la participation au fond. Le fonds solidaire sur l’exemple des tontines ne marchent que pour des communautés ou la nature des liens rendent indissociable l’engagement à respecter les paiements et renforcent la confiance. Ici ont se doit d’apporter des garanties en relation avec l’esprit des affaires et la diversité des acteurs potentiellement concernés. Ce ce que peut offrir une sphère d’efficience.

A suivre…

« L’évolution du monde économique impose de redéfinir les structure d’exercices des affaires pour les rendre conforme aux besoins et aspiration des acteurs qui en font la force. »