L’entrepreneuriat au féminin du Bénin vu par la Relève

L’entrepreneuriat au féminin du Bénin vu par la Relève

Les projets de développement économique mis en œuvre en Afrique imposent une participation active des femmes car elles sont de réels vecteurs de changement dans les sociétés. Cependant il est dur de les mobiliser compte tenu du poids des tâches et occupations qui leur sont confiés naturellement dans leurs ménages. Notre jeune analyste Gisèle Adekounle se penche sur la question pour nous décrire le quotidien de ses femmes au Bénin pour mieux nous orienter dans nos choix de solutions pour progressivement les impliquer dans un entrepreneuriat formel (avec un cadre et des structures institutionnels) qui à termes devraient leur permettre d’accéder à l’autonomie économique puis à l’indépendance financière.

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J’entends par projet de développement économique, tout projet entrepris et qui crée de la richesse aussi bien sur le plan familial que national. Au Bénin, la principale source de richesse était le fonctionnariat. Enfant, la majorité des parents te diront de bien étudier d’acquérir des diplômes afin obtenir un poste dans la fonction publique. Aujourd’hui les données ont changé, nous vivons l’ère de l’entrepreneuriat sous toutes ses formes. Le gouvernement et les principaux acteurs du monde économique insistent à entreprendre. La jeunesse, main d’œuvre puissante, est très sollicitée. Même les moins jeunes s’y mettent. Et c’est ici que la femme se bat pour sortir son épingle du jeu. Plusieurs entreprises voient le jour dans mon pays, mais qu’en est-il de la survie de ces entreprises? L’entrepreneuriat féminin est très encouragé car les femmes se lèvent.

D’un côté, nous avons les super qualités des femmes qui pourront les aider à réussir dans leur projet. Les femmes sont multifonctionnelles, elles arrivent contrairement aux hommes à faire beaucoup de taches à la fois et arrivent même à les réussir. Elles ont un instinct très développé en matière de prise de décision, gèrent efficacement les pressions extérieures auxquelles elles sont soumises et ont sens du détail développé. Les femmes ont une grande vision de l’avenir qui intervient dans tout ce qu’elles font sans oublier leur grande intelligence. Elles ont ainsi beaucoup de chance dans le monde de l’entrepreneuriat.

De l’autre, nous avons les grands défis de ces femmes. D’abord, nous avons les tâches et occupations des femmes dans les ménages. Au milieu de ses rôles de sœur/enfant/entrepreneure/épouse/étudiante ou travailleuse, la femme se retrouve face à la difficulté de la gestion du temps. Dans le foyer elles sont à la fois, nourrices, ménagères, épouses, mamans, lessiveuses, nounous d’enfant, gardiennes de maison…. Les hommes considèrent que c’est leur rôle et elles n’ont pas le droit de plaindre. La femme juge souvent le temps élastique. Comparativement à l’homme qui dispose de toute sa tête, elle ne donne pas assez de résultat car son attention est dispersée, son efficacité dans chaque tâche est réduite. Elle gère mal ses ressources car elle confond souvent les biens de l’entreprise a ses propres biens. L’argent de poche de ses enfants, l’argent de popote, l’emprunt demandé par un membre de sa famille, les sous pour ses besoins personnels, tout ceci sort du patrimoine de l’entreprise. L’autodiscipline doit être de mise. Le rendement d’une mère de 3 enfants ne pourra pas être le même que celui d’une jeune femme célibataire sans responsabilités familiales. Les grossesses en milieu scolaire, les divorces, le phénomène des mères célibataires constituent un frein à l’épanouissement de la femme dans la société. Ensuite, nous avons le défi de la formation et aussi de la technique dans le domaine entrepreneurial. La culture de l’association n’est pas développée chez les femmes. Toutes les femmes veulent créent leurs propres entreprises, « pas d’association je ne veux pas partager mes bénéfices ou gérer des conflits après avec l’autre ». Les initiatives féminines sont très rares. Si le business de l’autre marche, le mien aussi doit marcher alors je me lance dans le même domaine d’activité, sur le même marché, avec les mêmes techniques de vente que l’autre. Ce qui mène souvent à la fermeture de beaucoup d’entreprises. Certaines femmes ne prennent pas le temps de prendre conseil chez des experts de faire des recherches approfondies, de rassembler les ressources nécessaires de planifier avec exactitude la réalisation de leur projet. Elles se lancent sur de connaissances basiques sans plan concret et avec l’espoir que tout ira bien. Une erreur fatale la plupart du temps car « Celui qui détient l’information détient le pouvoir ». Pour elles le plus important est de rassembler un grand nombre de moyens financiers pour réussir. Notons néanmoins que beaucoup d’entre nos femmes entrepreneures manquent véritablement de moyens financiers pour débuter. Je profite ici pour saluer l’initiative du gouvernement et des structures de microfinance béninoises qui ont permis à nos femmes, dans les zones rurales surtout, de mettre en place leur business. Mais combien d’entreprise n’ont pas prospéré avec de faibles moyens financiers de départ. Nous avons le problème de la tradition. Nos femmes ne réussissent pas parce qu’elles ne se mettent pas au pas de l’évolution du monde aujourd’hui. Elles veulent faire les choses de manière traditionnelle alors que le monde d’aujourd’hui évolue très vite laissant en retrait ceux qui n’avancent pas à son rythme. Les femmes ont besoin d’être éduquées et formées de façon pratique au monde de l’entrepreneuriat qui est rude. Les statistiques ont prouvé que 95% des entreprises qui ont vu le jour à une date T, ferment avant un an d’exercice. Il y a de quoi s’armer efficacement. En outre, la discrimination de sexe, la lenteur des services administratifs, les taxes et impôts, le taux de chômage, sont de lourds poids qui pèsent sur l’entrepreneuriat féminin au Benin

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L’entrepreneuriat féminin n’est plus un mythe au Benin. Bon nombre de femmes se lancent aujourd’hui malgré leurs défis quotidiens. Elles doivent principalement se faire former et s’autodiscipliner pour réussir. Le combat est dur mais la victoire est possible. Nos jeunes filles aujourd’hui doivent se donner dans leur formation afin d’être aguerries pour le monde de l’entrepreneuriat. Félicitations à celles qui sont dans le domaine et qui malgré les oppositions avancent. Amazones d’aujourd’hui, futures amazones de demain soient fortes et courageuses. L’indépendance financière est proche…

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