Bienvenue, à nouveau, dans cette série de portrait que nous faisons de nos pairs entrepreneurs ou membres de la diversité des diasporas. Nous accueillons aujourd’hui une femme dotée d’un grand charisme qui nous ici une analyse et une vision claire   d’un secteur en plein boom. Le nom de Gloria Degbo ne vous est pas inconnu si vous participez fréquemment aux activités du RÉseau des Entrepreneurs Africains (REPAF) à Montreal. Elle a pu s’y distinguer par son dynamisme en tant que bénévole. Aujourd’hui c’est de son projet d’affaires dont elle nous parle et elle nous permet ainsi de rentrer dans les coulisses du design de mode à base de wax. Je vous laisse découvrir sa marque Olahitan avec ses propres mots…

Bonjour Gloria et merci d’avoir accepté de donner un peu de votre temps pour partager votre parcours avec les lecteurs d’entrepreneurethnik.com

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots?

Mon nom complet est Gloria Joana Olahitan Degbo, j’ai 29 ans, je suis de nationalité Béninoise et Belge, résidente au Canada. J’ai un Bachelier en Relations Publiques et un bac +2 en Traduction Anglais-Espagnol. J’aime ma famille, mes amis, la musique, la mode, la nourriture, les voyages (bien que l’avion me fasse peur) et la lecture. Cela fait beaucoup de choses mais je ne pouvais pas choisir.

Depuis quand vous est venu l’idée d’entreprendre et quel a été votre parcours depuis l’Afrique dont vous êtes originaire?

L’idée ou plutôt le courage d’entreprendre m’est venue au cours de mes années d’implication en tant que bénévole dans la chambre de commerce, le REPAF, le RÉseau des Professionnels et Entrepreneurs Africains. Je ne viens pas d’une famille d’entrepreneurs et je n’en côtoyais pas énormément autour de moi. Grâce au REPAF, j’eue la chance de rencontrer une multitude d’entrepreneurs aguerris pouvant distiller leur conseil et esprit entrepreneurial à une jeunesse en quête en succès. Je travaillais à l’époque pour une firme de recrutement internationale et je n’avais pas à me plaindre de ma situation mais mon côté créatif et artiste dans l’âme m’empêchait de réellement m’épanouir dans ce schéma classique de la vie.12027394_866099913504848_5654721844252911414_o

Les activités du REPAF que ce soit les colloques, les conférences, les formations et les 5à7 m’ont permis de me rendre compte des possibilités, des défis et des structures en place pour l’entreprenariat, j’ai donc juste pris mon courage à 2 mains et je me suis lancée dans l’aventure.

Fille de parents diplomates, j’ai quitté le Bénin, mon pays d’origine, à l’âge de 8 ans pour la Belgique. J’ai grandi, étudié et découvert la vie dans les rues de Bruxelles, magnifique et dynamique capitale Européenne. J’ai beaucoup voyagé dans le cadre de mes études de traduction et pour le plaisir (Espagne, Mexique, US, Cote d’ivoire, Sénégal, Portugal, Italie…), et à l’âge de 25 ans, j’ai voulu tenter un PVT qui est un visa de vacances-travail d’une année octroyé par le Canada et rejoindre l’une de mes meilleures amies déjà installée ici. Je ne pensais pas y rester pour être honnête (je déteste le froid et la neige, oui oui je n’ai pas choisi le bon pays) mais à mon grand étonnement, l’ouverture d’esprit, les opportunités professionnelles et un sentiment général de bien-être ont réussi à me dissuader de rentrer et à finalement rester ici pour y construire un bout de ma vie.

Pourquoi le mot Olahitan et en quoi consiste votre projet d’affaires (historique, contenu et clientèle cible)?

Olahitan est mon prénom en langue Yoruba. il signifie «le bonheur n’a pas de fin »

Je suppose que mes parents, ayant 2 grands frères étaient extrêmement heureux d’avoir une petite fille (sourire) c’est donc tout naturellement que j’ai choisi mon prénom comme nom de ma marque. Un hommage à mes parents sans qui je ne ferais rien de tout cela et un hommage à mes origines.

Le Logo de ma marque et une réplique inexacte de la porte de Non-retour située dans la ville de Ouidah au Bénin. Dans l’historique, les premiers esclaves ont quittés leur terre natale à travers cette porte vers leur tragique destinée. Je décide donc de revenir par cette même porte pour reprendre ma destinée et retrouver mon héritage dont le pagne. Le message est que peu importe le passé, il ne tient qu’à soi-même d’utiliser ce passé pour avancer!

Ok je vois. Toute une recherche d’authenticité. Peux-tu nous parler de ton projet d’affaires?

Mon projet d’affaires est une ligne de vêtements et accessoires pour la famille (femmes, hommes et enfants) et d’objets de décoration pour la maison d’inspiration Africaine de par l’utilisation du pagne Africain. Mon style se veut classique, épuré et « funky corporate » Mon défi est de faire entrer le pagne dans un bureau de manière élégante et discrète (ce qui peut être un challenge avec toutes les couleurs dont regorge le pagne). Ma clientèle cible sont les femmes professionnelles dynamiques entre 20 et 45 ans. Ce sont elles qui, en général, achètent pour toute la famille.

L’idée d’entreprendre dans ce domaine m’a toujours intéressée mais ce n’était pas le bon moment. J’ai toujours porté du pagne, lors d’évènements particuliers tels que des mariages, baptêmes etc. mais je n’osais pas souvent dans la vie de tous les jours et lorsque que j’essayais, je recevais souvent des remarques du genre  « on n’est pas au village ici » et ironiquement souvent de la part de mes compatriotes et non pas des autres communautés, et cela c’était vers les années 2007-2008. Ce n’était pas « cool » de porter du pagne en ce temps-là.

Vers 2010-2011, beaucoup de designers ont commencé à proposer des choses différentes avec le tissu Wax, je parle de Stella Jean, De Fiu Negru, Natacha Baco et une en particulier dont j’aimais beaucoup le travail et que j’ai pu côtoyer, Nanawax, Maureen Ayite. Elle était au début de sa carrière quand je l’ai rencontrée, j’ai été et suis toujours une cliente mais je l’ai aussi aidée à organiser des ventes privées à Montréal et à Bruxelles et cela m’a permis de me rendre compte du travail et de l’énergie que cela demande. Elle est passionnée et motivée et elle a eu le courage de se lancer là ou moi, par exemple, j’avais encore peur. Elle m’a clairement donnée le courage de me lancer à mon tour!

Olahitan est donc née en 2014 et a réellement commencé ses activités en 2015.

Le marché du wax et surtout des vêtements en wax est très en vogue en ce moment. Beaucoup de femmes d’affaires s’y lancent. Quel est votre analyse de ce secteur? Pensez-vous que ce secteur a de bonnes perspectives de croissance voire de durabilité?

Comme je le disais plus tôt, avant ce n’était pas « cool »de porter du pagne, Beaucoup de stars s’y sont mis, Beyonce, Rihanna, Gwen Stefani, Chris Brown, Cela a permis de valider auprès de la communauté internationale l’existence du pagne au-delà de l’Afrique. Des enseignes connues Tels que Mango, Zara, H&M en proposant des collections « ethnique »  utilisant les pagnes Africain ont permis la démocratisation du pagne et l’accès de ce dernier à tous et toutes.

Ces éléments ainsi que les designers que j’ai cités plus tôt ont contribué largement à asseoir ce secteur dans une croissance impressionnante depuis 2 ou 3 ans. Des défilés de mode, des magasins ne fournissant que ce type de vêtements ont vu le jour partout dans le monde. Les capitales de la mode que sont Paris, Milan et New York comptent désormais chacune des boutiques de Mode Africaine et des designers de tissus Africain. Les perspectives de croissance sont, à mon sens, excellentes si l’on arrive à se renouveler et à aller encore plus loin dans la transformation du pagne.11999670_866031296845043_7042399794096767718_o

Nous sommes très clairement dans l’heure de Gloire du pagne, nous (les Designers) ferons en sorte qu’elle dure le plus longtemps possible, mais uniquement si nous arrivons à  faire entrer le pagne dans toutes les communautés et surtout dans le quotidien de la mode, nous pourrons nous assurer ainsi d’une croissance continue. De plus, nous avons la chance que les motifs changent constamment et qu’il est possible de se réinventer encore et encore.

Beaucoup de femmes d’affaires y compris moi, avons vu et saisi l’opportunité de surfer sur cette vague et de prendre part à cette croissance.

On dit souvent du secteur ethnique qu’il n’offre pas assez de variété dans les idées des projets développés. Qu’en pensez-vous?

Effectivement, avant, il n’y avait pas de variété mais si l’on regarde tous les designers présents, la variété est bel et bien là. On peut tout faire avec du pagne Africain, j’en fais-moi même des accessoires de décorations, des sacs, des bijoux, d’autres designers tels que Babatunde (Afrique du Sud) ont fait des parapluies, des casquettes, des étuis pour téléphones et ordinateurs en pagne Africain, Stella Jean a fait des maillots de bains, Diam Rek (du Sénégal) des sous-vêtements etc.

La créativité est désormais sans limite, et c’est de cela que je parle quand je dis que nous devons aller plus loin dans la transformation du pagne.

De quoi avez-vous besoin pour développer plus avant votre projet d’affaires (partenariat, ressources ou environnement)?

J’ai besoin comme tout entrepreneur pour commencer, de financement! J’ai eu la  chance de suivre une formation du gouvernement pour les entrepreneurs via l’organisme le SAJE, et j’ai pu suivre des cours de gestion d’entreprise, de marketing, de développement d’affaires et enfin d’être suivi par une conseillère qui m’a aidé à monter un plan d’affaires. Je compte désormais essayer d’aller demander des subventions à différents organismes pour m’aider à mener mon projet à un autre niveau. Je vais aussi lancer une campagne de crowdfunding mais sous une forme un peu particulière! Restez connectés!

Wow on a droit à une information en primeur. C’est intéressant.

En termes de partenariat, il est sûr que j’aimerais collaborer avec différents acteurs dans la mode en général, que ce soit des maquilleurs, des stylistes, des designers de tout horizon, des grandes enseignes, des photographes etc. Il y’a certainement une myriade de possibilités et de partenariats possibles. Je rentre justement dans la phase de recherche de tout type de partenariat, je lance donc un appel, si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à me contacter!

Comment voyez-vous votre impact sur la communauté formée des différentes Diasporas de Montréal ou d’ailleurs avec votre marque? Quelle place prend l’Afrique dans votre développement d’affaires? Avez-vous une vision particulière?

L’impact que je veux laisser à travers ma marque est que l’intégration est nécessaire lorsque nous arrivons sur une terre étrangère mais elle peut se faire tout en gardant sa singularité et en apportant un peu de sa richesse avec. Que ce soit la richesse du cœur, la richesse économique, la richesse intellectuelle, la richesse artistique ou le tout! Le Pagne Africain fait partie de moi et  je veux pouvoir l’exprimer et le porter ou que j’aille tout l’insérant comme je le dis de manière élégante dans mon entourage et dans la vie Montréalaise pour être précise.

L’Afrique est centrale dans mon développement d’affaires pour la simple raison que 95% de la production d’Olahitan est effectuée au Bénin. Le pagne Africain que je me procure pour mes différentes collections est principalement achetée en Afrique et à des revendeurs Locaux. Je mets un point d’honneur à me fournir, la plupart du temps chez les locaux, et à utiliser la main d’œuvre locale pour  réaliser mes créations. Ma vision est vraiment de montrer le savoir-faire des artisans locaux et de montrer la richesse que l’on possède  à travers nos tissus. Beaucoup ont cette conception du pagne africain très traditionnelle et très vieillot, je veux justement changer cette image et rendre le pagne plus moderne, plus glamour, plus funky, plus fashion et finalement je veux le rendre évidemment rentable. Ouvrir un showroom à Montréal, destiné à mes créations et aux créations de designers que j’affectionne est mon objectif.

Ma vision au sens large est de contribuer à bâtir et solidifier ce pont entre l’Afrique et les autres continents en termes de Mode!

Nous sommes entrés dans la saison Automne-Hiver. Quels sont les nouveautés qu’Olahitan nous réserve pour les semaines à venir et pour la période des fêtes?

Le froid Canadien ne nous épargne pas! Je compte donc faire en sorte de réchauffer les Montréalais par mes écharpes en laine doublé de pagne Africain. J’en avais fait en série Limitée l’année passée et cela a été l’article le plus vendu et sold out en à peine 10 jours! Je vais donc en faire une plus grande quantité et des motifs colorés pour se réchauffer l’hiver! Certains pagnes de par leur rigidité et épaisseurs alliés à la laine aident à maintenir la chaleur et protéger du vent.

Une série d’articles d’hiver sont prévus mais aussi d’articles pour célébrer les fêtes de fin d’années, des robes un peu moins classiques et plus sexys pour l’occasion! Messieurs, je ne vous oublie pas non plus! Des accessoires pour vos costumes sont au programme!

Je vous réserve de belles surprises pour l’hiver!11999672_866522190129287_6889282295565924469_o

Quelles recettes de femmes entrepreneures donneriez-vous sur la base de votre expérience? Vos bons coups, vos points d’attention?

Mes points d’attention: se préparer financièrement à voir venir les coups durs. Il faut pouvoir survivre dans la première phase de lancement d’une entreprise car elle n’est jamais très rentable. On investit, on investit mais il ne faut pas TOUT investir sans prévoir en cas de coup dur!

Je dirai pour le reste: LANCEZ VOUS. Une fois que vous avez votre idée, il est facile d’avoir peur, de se décourager, de regarder la concurrence qui est parfois plus forte et plus avancée que vous mais il ne faut pas! Lancez-vous et le reste suivra. Vous ferez des erreurs, tout ne fonctionnera pas comme vous voudrez mais vous vous réajusterez, trouverez des solutions et cela ira! Le plus Dur est de lancer la machine, une fois fait, TRAVAILLEZ toujours plus fort pour la faire avancer.

N’ayez surtout pas le regret de vous dire « et si j’avais essayé »

Je terminerai par dire que ce que ma jeune expérience d’entrepreneur m’a appris est qu’il n’y a pas d’échecs, que des leçons.

Pagnifiquement vôtre…

Gloria Joana Olahitan Degbo.

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Pour acheter en Ligne Etsy/Olahitan.

Merci Gloria pour cette « pagnifique » interview. Je signale au passage pour les lecteurs que tu organises de temps en temps des ventes privées. La prochaine se tient le 1 Novembre au Studio Alkemy à Montréal (Rappelez-vous de notre précédent portrait sur Kassandra Kernisan). Ce serait l’occasion de faire de découvrir la collection de Gloria et le studio Alkemy. Un bon début de synergie et de solidarité entre entrepreneurs ethniques!!!

 

Modèle: Dominique Fankam