Entrepreneur ethnique et organismes de financement: Entre inadéquation et équations

Plusieurs pays impliqués dans la performance économique, notamment ceux de l’OCDE, investissent une partie substantielle de leur budget dans le développement de l’entrepreneuriat soutenu par l’innovation et la recherche. Cet investissement sur le long terme s’accompagne par la mise en place d’outils de facilitation de l’accès à ce secteur. Ainsi les organismes de financement offrent un soutien potentiel aux aspirants entrepreneurs pour bâtir un projet d’affaires dont les ressources de démarrage passeront par le recours aux prêts ou aux subventions. Certaines régions plus audacieuses encouragent l’apport personnel, indépendant ou la levée de fonds.

Face à cette offre de catalyseurs de l’économie, l’entrepreneuriat ethnique est en reste. Le constat est simple : les acteurs économiques issus des bassins culturels liés à l’immigration ne bénéficient pas assez des retombées des politiques incitatives dirigées vers l’entrepreneuriat. Une barrière « linguistique » oppose en effet les entrepreneurs ethniques et les organismes de financement : l’inadéquation du profil entrepreneurial et les équations guidant la prise de risque.

Dressons un tableau simple. D’un côté, l’entrepreneur ethnique est caractérisé par une grande abnégation au travail qu’il peut mettre au service de sa propre entreprise en lieu et place des nombreux emplois alimentaires imposés par l’état de son immigration ou une autre barrière à l’emploi dans son domaine de compétence. Cette force de travail est souvent sous-tendue par des responsabilités étendues de pourvoi à la vie de plusieurs membres de famille (parfois outre-mer) et garantit un engagement à l’effort pour faire durer la structure économique. Ceci est la pièce maitresse des projets d’affaires ethniques qui ne brilleront pas forcément par la note de crédit du promoteur ni par la sophistication de l’étude de marché ou des états financiers prévisionnels. Simple charabia lorsqu’on a hérité d’une science du commerce informel où la pluralité des acteurs n’est en rien un frein dans l’établissement d’une clientèle fidèle.

De l’autre, les organismes de financement n’ont qu’un seul credo : « On veut financer des projets viables ». Ceci est une intention louable lorsque l’on considère que le remboursement des prêts doit permettre de financer d’autres projets et de sélectionner les idées par leur qualité et leur intérêt pour le bassin économique. Comment alors prédire quel projet sera viable? La boule de cristal par excellence demeure le sacro-saint plan d’affaires qui fige un état d’anticipation des gains d’un projet d’affaires. Cela est la première étape d’une longue évaluation (qu’un bon rédacteur peut franchir) qui fera intervenir une série de confrontations par entrevue, question techniques (critique objective ou d’objections) et documents justificatifs. Le fait est que l’analyste cherchera plus une zone de confort au niveau du risque de financement qu’une réelle perspective de rentabilité : un classique, un modèle traditionnel, une innovation attendue… Rien de ce que l’entrepreneur ethnique peut garantir tant sa culture entrepreneurial créative est lié à des modèles concrets (tendance féminine) ou fortement sophistiqués (tendance masculine). Vous me ferez signe lorsque plusieurs africains (pour prendre cet exemple) posséderont des dépanneurs à Montréal… Ce n’est peut-être qu’une question de temps ou d’intérêt.

La résultante de cette situation est que l’entrepreneur ethnique ne rentre pas dans le moule du système de financement et renonce à des projets porteurs pour leur communauté lorsque le poids des responsabilités tue les rêves des plus brillants ou des plus braves. Aussi les organismes de financement ne peuvent présenter aux gouvernants un nombre de création d’entreprise appréciable dans les milieux ethniques et justifier ainsi la raison de leur présence au sein des mesures d’incitation à l’entrepreneuriat. Cette logique perdant-perdant perdure dans la plus grande impassibilité. Hélas!

Il serait grand temps de construire des alternatives, soit aux sources de financement, soit ou mode d’analyse des projets ethniques. Doit-on alors considérer la question ethnique en marge de l’entrepreneuriat « canonique » ou doit-on investir pour amener le bassin ethnique à répondre aux exigences de formalisation tout en lui permettant de garder sa richesse intrinsèque? Une fois de plus la culture entrepreneuriale ethnique nécessite un investissement pour son développement mais sans doute en impliquant plus largement les acteurs ethniques eux-mêmes dans le choix des solutions à leur affirmation dans les communautés d’affaires. A suivre…

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