Croire et commencer petit

La notion de communauté m’est très chère car c’est en elle que je trouve l’élément essentiel d’une affirmation économique de la force informelle et ethnique. Inutile de rappeler que cette communauté se doit d’œuvrer à développer et maintenir son patrimoine et sa fierté. Force est de constater, hélas, que la vie des quelques réussite commerciales voire fleurons n’est pas assurée après la disparition des initiateurs de ces entreprises. Le problème de la relève n’est pas seulement un fait ethnique mais touche aussi les PME québécoises dont 10,000 seraient menacées notamment dans le domaine agricole (source chambre de commerce de Montréal). Les raisons de ce manque de relèves sont diverses et nul n’est à blâmer sur ce plan. Les différentes générations peuvent ne pas partager les mêmes ambitions pour l’entrepreneuriat ni même les domaines dans lesquels investir. Ainsi, les entreprises familiales se font de plus en plus rares ou leur durée tend à se limiter dans le temps. La solution qui vient à l’esprit lorsque l’on veut sauvegarder de telles institutions est l’ouverture de capital à des investisseurs externe pour assurer le transfert de la gestion à un tiers tout en gardant un contrôle permettant de maintenir la vision de l’entreprise dans le sillage de l’initiateur. Idéalement Ce dernier devrait pouvoir se retirer assez tôt pour observer la direction que prend la gestion de l’entreprise en apportant de petite correction s’il demeure membre du conseil d’administration pendant une période de transition.

Pour moi le problème de la pérennité de l’entreprise ethnique ne se pose pas tant au moment de la relève mais dès les moments de son lancement. En effet, face aux énormes défis que rencontrent l’entrepreneur ethnique pour avoir accès aux ressources nécessaires au déploiement de son projet, plusieurs années peuvent passer sans que la moindre action commerciale ne soient entreprise. On se contente d’aller de déception en déception dans la quête de financement en mettant indéfiniment à jour le précieux plan d’affaires et en édulcorant peu à peu l’idée initiale pour faire patte blanche aux investisseurs, suivre les tendances du marché etc. Pendant ce temps on se confronte aux incessantes sollicitations de notre environnement de vie : factures, loyers, paniers repas etc. Le fait est qu’à suivre cette voie de lancement on perd peu à peu la possibilité de vivre toute les phases de vie de son projet et d’y intéresser de potentiels repreneurs tant il aura été uniquement question du maintien de l’entreprise dans sa phase de vie individuelle sans possibilité de la développer en une raison morale et intégrer de nouveaux effectifs.

En réponse à ce déficit de stratégie à long terme je propose une démarche en quatre temps : Croire, fédérer, prospérer et partager. Nous y reviendrons ultérieurement. La première étape est de croire en son projet d’affaires (qui a une vie en soi) et de commencer petit à petit à le développer. Le plus simplement du monde. Cela permet d’acquérir des informations sur la réalité de notre marché et de faire des correctifs à mesures que le projet évolue. Par exemple, on peut imaginer qu’une famille souhaite ouvrir un café dans une zone résidentielle mais n’a ni le temps pour s’y consacrer ni les moyens de payer un gérant. Le recours à l’économie sociale et à la coopérative pourrait permettre au projet de voir le jour avec des associés qui participerait aux risques de l’établissement qui débuterait avec un local dont les frais serait répartit par adhérents et la gestion confié à l’un d’entre eux. Il en est de même pour un projet ambitieux d’incubateur dont la forme la plus simple pour débuter serait la colocation d’un espace sous forme de coopérative ou autre.

On le voit donc la difficulté de relève dans le cas des entreprises ethniques n’est souvent que l’aboutissement d’un délai au lancement puis à l’évolution de la forme individuelle vers la raison morale du projet d’affaires. Ce processus permet normalement à la structure de trouver au fil des années des partenaires qui peuvent s’intéresser puis être intégrés à la gestion et garantir ainsi la pérennité du patrimoine d’une communauté culturelle sous sa forme de Diaspora ou de Nation. Il convient donc d’apprendre à commencer petit et progresser (par adaptations aux contraintes et opportunités) dans le développement de l’initiative économique sans attendre que celle-ci ne revête d’abord le profil idéal de l’entreprise modèle.

« Croire en son projet d’affaire, c’est accepter de le porter quelque soit l’état d’avancement de son propre projet de vie »

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