Compagnies aériennes en Afrique subsaharienne, des projets encore possibles

Bien souvent voyager sur le continent africain coûte plus cher que visiter un lointain pays touristique desservi par plusieurs compagnies aériennes. Il ne peut y avoir de réelle concurrence sur la qualité des services et surtout les prix quand peu voire une seule compagnie aérienne bénéficie d’avantages vénaux sur l’occupation du ciel et l’accès aux infrastructures aéroportuaires hérités de l’époque de l’exploitation des colonies.

Avec la première phase d’émancipation des pays longtemps mis sous tutelle, les compagnies locales avait pu prendre leur envol pour la fierté nationale mais sans être prête pour le concert international. On faisait vivre ces symboles au prix de ponctions sur des finances alors suffisantes pour alimenter tout le pays. Mais ces poumons vieillissent et le cœur s’essouffle et de tels systèmes atteignent leurs limites. Les pays ont de moins en moins supporté les chocs économiques et les crises. La vision à long terme ayant fait le plus souvent défaut. On a tardé à restructuré efficacement les compagnies locales et le fleuron panafricain chargé de symbole. Résultat, des avions cloués au sol et des compagnies en cessation de paiement. Les plans de reprise à répétition n’ont rien donné en contexte de libéralisation du secteur aérien. On a dû apprendre alors et tant bien que mal à se délivrer des illusions d’une vie sans risques économiques, sans effort pour rester en santé financière ni lutte selon les lois de la concurrence.

On le voit la disparition des compagnies nationales ancien symbole d’apparat, a laissé place à un vide d’opération dans un ciel qui ne demande qu’à mouvoir les nombreux voyageur écartelé entre leur lieux de vie natal et leur lieux de vie professionnel. Hélas bon nombre de pays appliquent ou subissent une politique du statut quo unilatéral où les compagnies rodées de l’ancien pays colonisateur se voient garantir des droits de trafic qu’aucune des compagnies africaines nouvellement créés ne peuvent concurrencer de façon ferme et durable. Leurs velléités de rayonnement panafricain et international reste limitées par leur grand nombre et leur structure peu adaptée à une exploitation de grande envergure rentable. On observe le plus souvent le développement d’un réseau régional et de quelques destinations européennes assuré par une flotte non optimale. Le monopole et l’emprise des compagnies européennes est ainsi facile à tenir face des opérateurs en ordre de marche dispersé et non dotés d’outils performants. A ceci se rajoute que le poids des pratiques commerciales et des manquements au service des usagers ne peut voir se développer qu’une menace de retournement d’une clientèle prise dans le dilemme entre le prix du voyage et la régularité du service.

Chaque pays d’Afrique a ses forces et ses faiblesses. Tous ne peuvent tenir seul dans l’affrontement contre des flottes occidentales bien déployées. Cependant en se réunissant au niveau régional ou à nouveau panafricain en mettant de côté les soubresauts identitaires nationaux et en apprenant de la concentration dans l’univers des compagnies du reste du monde, le jeu peut à nouveau être stratégiquement et économiquement viable pour les compagnies africaines. La dénonciation d’accord exclusivité de trafic, de droits d’atterrissage iniques sont les premiers efforts à fournir de la part de dirigeants audacieux. Favoriser l’arrivée de nouveaux partenaires venus d’orient ou des Amériques, loin de totalement noyer les opérateurs africains, leur donnerait l’occasion de se reconstruire une efficacité au contact de la concurrence et en apprenant leur méthode. Loin alors l’idée de se cacher derrière un sous développement pour rester indéfiniment en classe préparatoire du succès économique et des réalisations supranationales. Le but est d’atteindre la maîtrise du domaine et pour cela apprendre des autres et faire ses preuves : bâtir des projets en pays unis dans un ciel réellement libre.

« L’air est l’espace où les obstacles devrait être les moins nombreux à surmonter. Asservir économique l’air dont ont besoin les peuples pour se rejoindre est comme couvrir un contenant qui déborde de frustration. »

 

 

Extrait du livre Le Point,quatre saisons pour reconstruire paru aux éditions GRENIER 2011