Bravo ! Le Rubicon a été encore franchi pour venir en aide aux entrepreneurs des minorités. On ne va pas se plaindre et je pense même qu’on est sans doute invité à se réjouir vu que ce n’est pas de tout repos de faire entendre leur cause et surtout que cela devrait mettre un terme à une certaine période d’incertitude. Cependant, plusieurs questions peuvent venir à l’esprit une fois l’effet d’annonce passé. Une aide de 15 minions n’est pas négligeable d’autant plus qu’on a trop tendance à adresser une question structurelle et de fond avec des mesures exceptionnelles limitées dans le temps et les exercices gouvernementaux. Ce qu’un bon actuaire nous ferait comprendre, est qu’il y a plus à gagner sur le long terme à affecter de façon durable un pourcentage du budget à cette question de l’entrepreneuriat de la diversité plutôt que de le faire à la discrétion des gouvernants.

Ainsi, on arrive à cette même conclusion que les questions de fonds demandent souvent des stratégies et des actions à moyen long terme pour obtenir l’impact souhaité et surtout de façon viable et durable. Les personnes sur le terrain de l’accompagnement sont les mieux placées pour apprécier le soutien reçu dans leurs interventions et son efficience. Toujours est-il (qu’après l’avis de l’actuaire) le réflexe d’un bon ingénieur est de se demander quels sont les ordres de grandeur ? 15 minions est-ce peu ou beaucoup ? A part la mise en place de la structure de gestion, qui, je l’espère, aura un meilleur accueil auprès du public cible que l’ONU dans le cœur du général de Gaulle, il y aura-t-il des minions attribués équitablement à chaque communauté culturelle selon la situation socioéconomique de ces membres ? Sachant que le terme « diversité » crée le plus souvent un flou artistique où toutes les minorités visibles voire invisibles sont logées à la même enseigne. La notion d’ordre de grandeur peut sembler anodine mais importante car, au risque de paraitre pour le cancre de service, les études sur le phénomène de l’entrepreneuriat de la diversité ne sont pas légion. Quantitativement, il serait bon de connaître l’effectif concerné mais aussi qualitativement les domaines de métier concernés, les dynamiques ou même les tendances (ce que fait annuellement l’indice entrepreneurial québécois mais sans la précision ethnique (le mot est lâché)). On ne peut qu’espérer que l’on ne pilote pas à vue et que 15 minions c’est mignon mais, si possible, pas bidon.

Pour finir, on peut s’appesantir sur les questionnements de l’évaluation de la performance ou de l’impact de la nouvelle structure appelée à soutenir les porteurs de projets et aspirants entrepreneurs. Est-ce que les indicateurs définis viseront à orienter la culture entrepreneuriale de la diversité vers une certaine image qu’on attend d’elle pour qu’elle montre patte blanche dans l’écosystème local ? Ou est-on prêt à risquer plus notamment sur de nouvelles formes juridiques, statuts et fiscalité pour des profils d’affaires « exoTIC ». Ici, planent encore les spectres de l’innovation (à tout prix ?) vs la créativité et de l’adaptabilité ou encore de la phase de commercialisation avant tout financement vs l’avancement avant toute formalisation pour ne citer que cela. Il serait peut-être souhaitable de tenir compte des particularités de certaines communautés qui oscillent entre des réflexes informels qui demandent souvent peu de fonds pour des initiatives économiques visant d’abord la subsistance avant l’expansion ou de réelles innovations dont le besoin d’investissement dépasse le carcan des aides habituelles allouées (que je ne citerai pas ici car cela est loin d’être des minions).

Comprendre la nature et la réalité de l’effort entrepreneurial des membres des communautés ethniques, c’est déjà faire un pas franc vers leur intégration économique et donc la réussite de leur immigration dans une société de l’interculturel (de par les échanges et enrichissements mutuels). C’est en tout cas une occasion de faire mieux qu’avant si la finalité reste sincèrement le service pour l’autonomisation de populations vulnérabilisées par des mécanismes systémiques qui ont la vie dure et qui sont la vraie source des iniquités dans la société québécoise. Chaque combat en son temps. En attendant, 15 minions ça se fête tout de même ! En effet, des minions ne font pas rire que les entrepreneurs. Mais attention au relâchement car, comme le dit un adage interne au peuple du Wakanda : « ventre plein, petit […] content. ». Juste de simples questions… Heurtent-elles ?